1560, à Corbie...

AprèsSommaireAvantEn 1560, le fils aîné de Henri II, François II, par lettres patentes écrites à Fontainebleau, établit à Corbie un Franc-Marché, le dernier lundi de chaque mois sur la demande des marchands qui l'en avaient prié (le marché du vendredi datait de 1100 – établi par le Roi Philippe 1er –)

L'Administration municipale n'avait pas changé depuis la chute de la Commune, douze échevins présidés par le prévôt de l'église, nommés à vie et tenant séances en la Maison de l'Attache, au coin de la Place. En 1568, le Conseil de l'Abbaye décida que le nombre des échevins serait réduit à 4, ils seraient nommés pour un an sous la direction du « prévôt-policien » qui dirigeait les sergents à masse et à verge. Le gouvernement de la ville devint alors semi électif ; les 4 échevins sortants présentaient une liste de 15 notables au Prieur = 12 pour les échevins et 3 pour le prévôt-policien et l'abbé choisissait 4 échevins et le prévôt; avant cette réforme les fonctions du bailli de l'Abbaye et du prévôt étaient séparées ; le bailli demanda à être déchargé de sa fonction de haute et basse justice qui fut alors accordée au prévôt. Le prévôt devait prêter serment devant le grand prieur et chaque fonction était rémunérée.

La maison de l'Attache fut considérée par les habitants comme leur maison commune et le prévôt comme Maire ; ce qui incita le prévôt Hublée à se proclamer comme tel. Le Prieur s'y opposa. Pendant la deuxième moitié du XVIème siècle, les guerres sévirent entre catholiques et protestants calvinistes – massacre des Vaudois du Luberon (1545) – les édits de Chateaubriand (1551), de Compiègne (1567), mirent les protestants hors la loi, ceux-ci réagirent à leur tour. Malgré quelques essais de rapprochement (1562), la guerre civile s'installa et le mariage de Marguerite de Valois avec le chef protestant Henri de Navarre aboutit à la Saint Barthélemy (1572) le massacre des protestants réunis à Paris. Les protestants se ressaisirent et formèrent un état fédératif, les catholiques eux, se divisèrent en intransigeants, réunis autour du Duc de Guise contre le roi Henri III, et en modérés (politiques ou mal contents) las de la guerre, de ses désastres et de l'intervention du roi d'Espagne Philippe II. Ce qui aboutit à la Paix de Beaulieu (1576). Cette paix concédait aux chefs protestants la Direction de certaines provinces. La Picardie échut au Prince de Condé parent de Henri III, mais protestant. Ce fut l'origine de la Sainte Ligue Catholique qui naquit à Péronne où le Seigneur Jacques d'Humières commandant de cette place réunit ses partisans au château d'Abblaincourt ; de là il organisa la résistance à ce décret et il força les corbéens à y adhérer leur abbé Charles de Bourbon les en félicita. Mais après la journée des barricades à Paris, le roi Henri III se proclama roi de la Ligue. Les habitants de Corbie comme ceux des autres villes appartenant à la Ligue lui adressèrent en même temps que leur adhésion, leurs doléances, le Roi y répondit favorablement et tous les corbéens, le 18 août, à l'exception de Charles de Bourbon, jurèrent d'obéir au représentant du Roi, le Duc de Nevers, gouverneur de Picardie. Après quelques batailles entre les deux partis, Henri III fit assassiner Henri de Guise, puis il s'allia à Henri de Navarre pour prendre Paris, il fut assassiné à son tour, et Henri de Navarre fut reconnu comme roi par les troupes du roi défunt et par un certain nombre de ligueurs ; Charles de Bourbon (Abbé de Corbie) proclamé Roi de la Ligue sous le nom de Charles X fut emprisonné, il mourut l'année suivante. La guerre continua entre royaliste et ligueurs.

AprèsSommaireAvantA Corbie les partisans de Henri IV prirent Corbie (le 9 décembre 1590), commandés par Charles d'Humières qui, de Corbie, s'attaqua à Amiens en multipliant les escarmouches. Henri IV après avoir fait le siège de Paris, abjura le protestantisme et put entrer dans la Capitale ; il devint Roi de la grande majorité des Français.

Alors, le peuple d'Amiens assiégé se prononça en sa faveur et des pourparlers pour la reddition de la ville eurent lieu à Beauquesne puis à Blangy Tronville près de Corbie et Amiens se rendit le 9 août 1594. Charles d'Humières fut nommé gouverneur général de Picardie ; et le Roi fit son entrée à Amiens et peu après à Corbie. L'année suivante (1595) le roi réunit ses troupes de Picardie, Boulonnais, Vermandois, Thiérache et mit les villes de la Somme sous la direction du Maréchal de Biron. Mais la guerre civile terminée en 1594, il fallut la continuer contre les Espagnols qui avaient pris Amiens (en 1597) par surprise. Le gouverneur, alors Comte de St Pol, n'eut que le temps de se sauver à Corbie sans faire de résistance. Corbie était alors en proie à la peste (1596-1597) qui toucha d'abord l'Hôpital, en faisant de nombreuses victimes. En 1598, Henri IV fit le siège d'Amiens qui dura 6 mois à partir de Doullens et de Corbie, et la paix fut établie définitivement le 2 mai 1598 à Vervins. Après avoir établi enfin la Paix avec les Espagnols par ce traité, et la paix civile par l'Edit de Nantes en 1598, Henri IV régna encore 12 ans ; assez pour cautériser les blessures des troubles et établir une économie prospère.

Il fut assassiné en 1610 alors qu'il se préparait à attaquer la Maison d'Autriche. Sa veuve Marie de Médicis nommée régente s'en rapprocha au contraire et négocia le mariage du roi Louis XIII avec Anne d'Autriche (1614). En même temps elle abandonnait le pouvoir à un Italien intrigant Concini son premier ministre ; elle le fit aussi Maréchal de la Ville d'Ancre et Gouverneur de la citadelle d'Amiens (1616).

Les princes du sang se liguèrent contre lui. Concini s'étant absenté d'Amiens donna le commandement à un certain Ruberpré qui fut aussi nommé Gouverneur de Corbie. Un nommé Prouville qui briguait le poste fut assassiné, les princes en profitèrent pour occuper Soissons, La Fère, et Laon. Puis à partir de Coucy, ils décidèrent de prendre Amiens, en soudoyant Ruberpré qui accepta. Mais, le complot éventé, Ruberpré dut s'enfuir à Corbie qui devint alors la place d'Armes des Princes contre Amiens.

Concini envoya des troupes contre eux et exigea un serment de fidélité des maires et des gouverneurs de Picardie puis il fit entourer Corbie de forts pour y empêcher l'intervention des Princes et la sortie de Ruberpré qui cependant put s'enfuir et se réfugier à Soissons. Puis, Corbie fut occupée par les troupes royales, fidèles à Concini. Malgré une trêve, les combats continuèrent jusqu'à la paix de Loudun (1618). Concini dut céder la citadelle d'Amiens à la Reine et garda Péronne et Ancre, mais le Duc de Longueville lui reprit Péronne.

Un nouveau traité fut signé mais peu après sur les conseils de son favori Charles d'Albert de Luynes Louis XIII prit le parti des princes contre sa mère et contre le Premier Ministre. Enfin, toujours sur les conseils de son favori, il fit assassiner Concini par son Capitaine des Gardes (1619).

AprèsSommaireAvantDès lors la ville d'Ancre perdit son nom pour celui du favori du roi, Albert, qu'elle garde toujours.

Le frère de son favori, Honoré d'Albert de Luynes devenu par son mariage Duc de Chaulnes fut nommé à la place de Concini, gouverneur de la Picardie. Il prit quelques années plus tard une grande part aux opérations contre les Espagnols en 1635, avant la prise de Corbie. Pendant que se terminaient ces événements, la guerre civile ensanglantait l'Allemagne ce sera la guerre de Trente ans (1618-1648), elle sévissait entre les princes protestants et l'Empereur. Après le Danemark et la Suède, 1635 vit la France attaquée sur plusieurs fronts, en particulier en Picardie. A partir de la frontière d'Artois[10], les Espagnols alliés de l'Empereur multiplièrent leurs attaques que continrent le Duc de Chaulnes et le Duc de Brézé. La guerre interrompue par l'hiver reprit en 1636 les français trop peu nombreux formaient un rideau de défense le long de la Somme, mais les travaux des forteresses entrepris à Corbie, à l'exception de ceux du Marquis de St Chamont (1632) à la Porte de Buire, ne valaient rien et furent interrompus. Malgré les offensives du Duc de Longueville et de De Rambures, le 2 juillet, le Cardinal-Infant prit la Capelle et successivement: Bohain, Vervins, Origny-Ste-Benoite, Ribemont, enfin, Le Catelet qui capitula le 25 juillet 1636.

La chute de ces villes suscita la terreur à Paris où l'on commença à voir carrosses et charrettes, fuir sur les routes d'Ille De France en direction de Chartres et d'Orléans. Le roi Louis XIII lui-même avec courage reprit les affaires en main dès le 4 août, il sollicita l'aide des corps constitués, fit consolider les fortifications de Paris et leva une nouvelle armée le 12 août les premiers contingents armés firent leur jonction sur les bords de l'Oise. Pendant ce temps, l'ennemi sous la direction de Thomas de Savoie, tentait de traverser la Somme. Le Comte de Soissons essaya de le contenir malgré l'infériorité en nombre des troupes royales. Il augmenta la garnison de Corbie, qui au début n'avait que 600 hommes, à 1000 puis à 1600. Les impériaux tentèrent sans succès un passage à Brie, à St Christ, à Bray-sur-Somme, enfin à Chipilly et à Cerisy où le 2 août ils traversèrent de nuit les troupes françaises qui tentaient de s'opposer furent prises sous le feu de 15.000 mousquetaires et décimées, elles durent reculer et 27.000 impériaux passèrent la somme. Le Comte de Soissons qui n'avait plus que douze mille hommes à opposer aux trente mille du Prince Thomas de Savoie, établit un nouveau front sur l'Oise à partir de Guise et de Noyon jusqu'à Compiègne et Beauvais. Le duc de Chaulnes, pendant ce temps, consolidait Amiens et tentait de protéger Corbie investie par Jean de Werth depuis le 7 août. Roye fut prise le 8 août, Montdidier résista, Longueau, Salouel, Saleux et Soyécourt furent dévastées.

Richelieu demanda au Gouverneur de Corbie de soutenir le siège, mais la population terrorisée demandait la reddition de la ville qui, après avoir essuyé le feu de l'ennemi, qui fit peu de dégâts, à partir du il août, capitula le 15 août et la garnison fut conduite à Amiens avec tous les habitants qui le voulaient.

AprèsSommaireAvantLE SIÈGE DE CORBIE

Dès le 12 août 1636, établie sur l'Oise, l'armée royale était forte de 30.000 soldats à pied, de 12.000 cavaliers et 30 canons. Le Roi Louis XIII en prit le commandement tandis que le Prince Thomas de Savoie renforçait les défenses de Corbie prise le 15 août. Le Roi entouré de Richelieu, du Duc d'Orléans et du Comte de Soissons envoya le Duc assiéger la ville de Roye qu'ils reprirent enfin le 22 septembre, enfin ils prirent position devant Corbie et après avoir enlevé le faubourg de Fouilloy, ils hésitèrent d'abord entre une offensive rapide et puissante comme le voulait Richelieu et le siège méthodique comme la voulaient les Princes. Le Roi proposa le blocus à partir de Demuin-sur-la-Luce près de Corbie, alors que l'Etat-Major se réunissait à Amiens. On décida d'employer la totalité des forces contre Corbie. Un siège méthodique entourant entièrement la forteresse de Corbie fut patiemment organisé sous la direction de l'ingénieur De Ville empêchant toute sortie de la garnison et toute aide extérieur enfin le dernier ouvrage ayant été construit, le bombardement commença.

Les pourparlers de reddition ayant commencé le 10 Novembre, Corbie capitula le 14, les troupes ennemies sortirent avec les honneurs de la guerre mais la famine, les maladies avaient entre temps décimé la population et les troupes d'occupation. De nombreuses maisons étaient détruites. La nouvelle de la reprise de Corbie fut accueillie avec allégresse jusqu'à Paris.

Richelieu entré à Corbie le 19 Novembre, la répression s'exerça contre ceux qui avaient collaboré y compris les religieux arrêtés qui furent remplacés et deux bourgeois pendus un gouverneur fut nommé qui pendant plusieurs années dirigea complètement les affaires de la ville dépouillée de ses privilèges. (Il faut noter néanmoins que pendant l'occupation ennemie plusieurs habitants avaient résisté plusieurs habitants de Corbie, Fouilloy, Aubigny, s'employèrent avec des soldats venus d'Amiens à détruire les défenses et les moulins de la ville). Enfin la clémence royale mit un terme aux punitions le il mars 1638. Mais les frontières une fois repoussées plus loin, l'importance stratégique de Corbie fut contestée, le gouvernement militaire fut rattaché à Amiens, la garnison partie en 1675, et de 1669 à 1675[11] les remparts du XVIème siècle furent démolis. Dès lors, le rôle militaire de Corbie était terminé et comme les réparations et reconstructions des maisons traînaient en longueur, la ville alla vers son déclin.

                  En 1638, 400 manuscrits de la Bibliothèque de Corbie furent emportés par Dom Anselme à St Germain des Prés, siège de la Maison Mère de la Congrégation de St Maur à laquelle appartenait l'Abbaye de Corbie. A la Révolution, ces manuscrits furent transférés à la Bibliothèque Nationale, sauf 36 manuscrits volés qui furent alors rachetés par Pierre Dubrowski, diplomate russe qui les ramena à St Petersbourg où ils se trouvent toujours.

Un gouverneur avait été nommé à la tête de la ville qui choisissait (à la place du Prieur), le prévôt et ses échevins en 1652 il en était toujours ainsi et le prieur Pichon lui demanda de s'effacer devant le cardinal Abbé pour cette nomination, bien que le roi eût écrit, en janvier 1653 à l'Abbé, qu'il destituait le Conseil de la Ville ainsi nommé, la décision ne fut officialisée que le 6 juin 1668 à une époque où les religieux de Corbie s'opposaient à leur Abbé et se vengeaient sur le corps municipal par des mesquineries aussi en 1670-1671 un concordat fut établi finalement entre l'Abbé Philippe de Savoie et les religieux de Corbie sous l'influence de la congrégation de Saint Maur, et au détriment des habitants de Corbie qui n'eurent plus de recettes pour l'entretien des voies publiques, de leur Hôtel de Ville et le paiement de leur personnel. Pendant cette période nous devons signaler qu'à Corbie plusieurs religieux de St Germain-Des-Prés, comme Mabillon – Dom Bonnefon, vinrent à Corbie y étudier. C'est en 1638 qu'ils prirent 400 manuscrits pour les emporter à Paris.

AprèsSommaireAvantPendant cette période, l'effort des moines se porta sur les travaux à effectuer au Cloître dès 1662 puis à partir de 1680 ils en démolirent une partie. De 1775 à 1780 pour édifier des bâtiments dans le style classique et sur la place on démolit plusieurs maisons pour édifier la Porte Monumentale donnant accès à une cour d'honneur. La muraille du XIVème siècle fut définitivement détruite vers cette époque à l'exception de la Tour Saint Martin et d'une éminence (Le Thabor).

C'est de cette époque aussi que date le mur actuel de l'Enclos(1749-1758). Quant à l'église abbatiale dont les travaux avaient été entrepris par Dostrel en 1501 et arrêtés à sa mort, ils ne furent repris que sous l'impulsion de la Congrégation de St Maur et elle ne fut terminée, avec ses deux clochers et sa nouvelle nef qu'en 1775. Enfin, le Cardinal de Polignac se fit construire un Palais Abbatial de 1736 à 1743 à l'Ouest de la Grand Place. Pendant cette période il faut signaler deux artistes, François Cressent qui sculpta les stalles et des panneaux dans l'Église Abbatiale et surtout Jean Baptiste Veyren dit Le Vivarais , artisan ferronnier qui travailla (de 1734 à 1737) avec son compatriote Claude Barbarous dit Vivaret aux grilles du chœur et des bas-côtés. Veyren vécut et mourut à Corbie où il fut enterré (Paroisse St Albin).

Alors qu'avaient lieu tous ces embellissements la ville dépérissait après le départ de sa garnison et d'une grande partie de ses artisans et commerçants. Les rues n'étaient plus entretenues, les ponts s'effondraient, les cours d'eau s'envasaient aussi, jusqu'à la Révolution, les habitants de Corbie furent-ils en procès permanent avec l'Abbé jaloux de ses prérogatives et privilèges ancestraux depuis la fondation de l'Abbaye. Un dicton circulait alors « Qu'il pleuve ou qu'il vente, l'Abbé de Corbie a rentes ».

Une constitution plus libérale leur fut octroyée le 3 septembre 1759 leur permettant d'élire leurs représentants à la pluralité des voix. A l'issue de l'élection qui eut lieu le 21 septembre 1759, le Conseil de Ville prêta serment devant le représentant du Bailli d'Amiens, mais en 1761 ce droit leur fut enlevé par lettre de cachet en Octobre, il faut noter qu'à cette époque les habitants de Corbie furent défendus par le Notaire Bron qui fut leur champion contre l'Abbaye.

Enfin, une nouvelle constitution leur fut accordée par ordonnance royale du 1er  avril 1779. Mais cette constitution ne les mettait pas hors de la tutelle de l'Abbé qui en définitive nommait sur une liste élue par l'Assemblée des habitants, ceux qui présideraient au gouvernement de Corbie.

AprèsSommaireAvantA la suite de ces faits, on peut comprendre la hargne des habitants de Corbie contre leur Abbé et la suite des événements qui se produisirent dix ans plus tard.


[10] Les Espagnols possédaient les Pays-Bas Espagnols (Belgique actuelle et Artois)
[11] Cependant, une partie des remparts du XVIème siècle subsistèrent au moins jusqu'en 1740