Une nouvelle écriture : La Caroline

AprèsSommaireAvant   L'époque carolingienne est marquée par un renouveau des études, un développement des arts au service de l'Eglise et des réformes religieuses. Charlemagne fait appel à des maîtres étrangers qui conjuguent héritage antique et apports culturels nouveaux. Pour lutter contre l'ignorance du clergé, il organise des écoles dans les cathédrales et les abbayes. Une nouvelle écriture, régulière, ronde, claire et lisible, la "minuscule caroline", est créée. Le clergé séculier est doté d'une règle pour la vie commune (synode d'Aix de 816); la Règle de saint Benoît est imposée au clergé régulier (synode d'Aix de 817). Des impôts sont créés en faveur de l'Eglise (notamment la dîme destinée au clergé paroissial, aux pauvres et à l'entretien des bâtiments). Le système de l'abbatiat laïque est instauré et des abbayes sont incorporées au domaine épiscopal de Liège (Lobbes). Le privilège d'immunité, déjà existant sous les Mérovingiens, est concédé plus largement encore. La justice est organisée par l'évêque ou l'abbé dans ses domaines immunitaires et placée sous la garde de l'avoué. L'activité littéraire s'intensifie (Vies de saints et récits de Miracles), les bibliothèques et les ateliers de copistes se constituent. L'architecture religieuse privilégie les édifices à plan basilical; le dom d'Aix, inspiré de Ravenne, fait exception.

Vers 780 l'Abbé MAURDRAMNE fit écrire une partie de la Bible en sept écritures dont l'écriture CAROLINE (future minuscule d'imprimerie) inventée par les moines de Corbie.

Bible de Maurdame, Macchabaorum, f° 35 v°, B.M. Amiens

AprèsSommaireAvantLa caroline (ou minuscule carolingienne) est une écriture apparue au VIII° siècle, sous le règne de Charlemagne.

Elle porte son nom ( Charlemagne = Carolus Magnus, en latin ). Charlemagne uniformise lesdifférentes écritures régionales; il impose la Caroline pour unifier son vaste empire et faire savoir à tous qu'il est le roi.

Claire, lisible, cette écriture s'impose dans la France entière et domine progressivement l'Europe. Elle sert de base pour d'autres écritures.

  • La Caroline est une écriture minuscule; les lettres montantes et descendantes sont légérement penchées vers la droite.
  • Les mots sont séparés par un espace.

  • Le mot est « tribulationis ». Chaque lettre est nettement lisible; seul le "s" n'existe plus sous cette forme à notre époque.
  • La plupart des lettres ne sont pas liées les unes aux autres; mais, dans ce mot, le « r » et le « i », ou le « t » et le « i » sont attachés; c'est ce qu'on appelle une ligature.

  • Ce texte est écrit en latin, qui est la langue employée dans tous les écrits. Ce texte signifie: " Ici commence le livre trois du même ouvrage."
  • Ce texte est écrit en majuscules. Pour marquer les débuts de chapitres et les débuts de phrases, les moines empruntent des lettres à l'écriture onciale, une écriture qui est plus ancienne que la caroline.

UN RAPPEL : LES DIFFÉRENTS TYPES D'ÉCRITURE
L'évolution des styles au cours de l'Histoire

AprèsSommaireAvantL'art de l'enluminure faillit disparaître avec l'effondrement de l'Empire Romain. Pourtant un renouveau apparut en France, en Espagne, en Irlande et dans le nord de la Grande-Bretagne. Ce mouvement porte le nom de style insulaire : il traduisait la puissance des envahisseurs du Nord. Il se répandit jusqu'en ECOSSE où l'on retrouve de superbes manuscrits enluminés.

L'écriture connut donc des changements significatifs tout au long du Moyen Age, tandis que s'affirmait la nécessité de produire des ouvrages à la fois plus maniables et plus faciles à lire.

Il y a l'écriture onciale - c'est-à-dire en capitales de grandes dimensions - et semi-onciale - qui mêle minuscules et majuscules. C'est celle des Évangiles de Lindisfarne (VIIe siècle), dans lesquels il n'existe ni accentuation ni séparation entre les mots.

Au début du Xe siècle, Charlemagne encouragea l'adoption de la minuscule caroline comme écriture unique dans tout l'Empire carolingien. Héritée de l'écriture romaine des IVe et Ve siècles, elle présentait en effet l'avantage d'être d'une plus grande clarté : les lettres étaient plus petites, plus rondes, avec de grandes hampes vers le haut et vers le bas. Pour tracer cette écriture, le copiste utilisait une plume d'oie à bec droit.

A la fin du XII siècle, la rondeur élégante de la minuscule caroline se durcit, cédant la place aux lignes brisées et anguleuses de l'écriture gothique. Les lettres, extrêmement décoratives, se caractérisaient par leur hauteur et leurs traits verticaux mis en relief par une succession de pleins et de déliés. Pour obtenir cette combinaison de traits épais et fins, le copiste utilisait une plume taillée obliquement.

L'écriture gothique resta dominante pendant les deux siècles qui suivirent, jusqu'à ce que les humanistes italiens se mettent à chercher un nouveau type d'écriture, à la fois plus clair et plus lisible. Ils redécouvrirent alors la minuscule caroline et la perfectionnèrent, donnant naissance à l'écriture humanistique. Cette dernière triompha en Italie au milieu du xve siècle, remplaçant l'écriture gothique avant d'inspirer un grand nombre de caractères d'imprimerie.

AprèsSommaireAvantPartout ailleurs, l'écriture gothique resta en vigueur dans la plupart des textes liturgiques, et c'est celle dont se servit Gutenberg pour imprimer sa première Bible.