Les Francs

AprèsSommaireAvantAu début du Vème siècle, la ligne fortifiée établie par l'Empire romain (le «limes » avait cédé de toutes parts sous la pression des populations germaniques, elles-mêmes attaquées et poursuivies par la horde hunnique. Plusieurs peuples germaniques s'installèrent sur tout le territoire. Les Francs – les plus belliqueux et les plus cruels de tous – jusque là installés au-delà des bouches du Rhin, en FRISE, s'établirent au Nord de la Somme puis conquirent toute la Gaule. Ils formèrent deux royaumes mérovingiens principaux en Gaule à l'Est, L'AUSTRASIE, à l'ouest, LA NEUSTRIE. La population dite gallo-romaine subsista à côté de ses maîtres elle était représentée par le peuple de la GAULE et la plus grande partie de son Haut-Clergé latinisés dès lors dominés par les francs barbares.

Au début du VIIème siècle, sous le règne du roi CLOTAIRE II, celui-ci détacha du domaine (le fisc) royal une partie qu'il attribua à l'un de ses familiers Gondeland ou Guntland. Il la préleva sur le pagus (ou Comté) d'Amiens, au Nord de la Somme. Une autre partie comprenant la forêt de Vicogne, en deçà de la rivière d'Authie avait été attribuée au Comte FRODIN. Plus tard, ces terres devinrent libres à la suite de la mort de Guntland en 639 et d'un échange par Frodin avec le fisc royal sous le règne de CLOVIS II , (petit fils de CLOTAIRE II).

Stat ue de Clotaire III
du XIVème Siècle

En 657, la veuve de ce roi, BATHILDE et son fils encore très jeune CLOTAIRE III, attribuèrent la plus grande partie de ces terres à une abbaye. Le Monastère fut établi à l'emplacement du château de Guntland, entre la Somme et la rivière de Corbie (plus tard l'Ancre) dont elle avait pris le nom. BATHILDEet CLOTAIRE III ajoutèrent d'autres terres à ce domaine, sur la rive droite de la Somme les territoires de FORCE VILLE et de CHIPILLY; en Artois ceux de BEAURAINS, MONCHY, WAILLY, au sud d'ARRAS, et sur la rive gauche de la Somme de FOUILLOY, d'AUBIGNY, de CACHY, du BOIS L'ABBÉ, de GENTELLES et de THENNES[1] Ce domaine jouissait de l'immunité papale et de privilèges ; de plus il lui fut attribué LE TONLIEU DE FOS qui lui permettait de recevoir par ce port, du Midi et de l'Orient, les denrées et épices nécessaires ainsi que du matériel pour son scriptorium(peaux-papyrus-orpiment).

En 662, une cinquantaine de moines venus de LUXEUIL sous la conduite de leur abbé VALBERT, s'installèrent dans les locaux qui leur avaient été préparés. Ils suivaient la règle très ascétique de ST COLOMBAN. Cette règle fut adoucie par la suite par l'application de la règle de ST BENOÎT, sous l'abbatiat d'EREMBERT. Après avoir défriché leur domaine, les moines le firent cultiver par leur tenanciers et ils se consacrèrent alors à la confection – (dans leur scriptorium ) – de manuscrits, qui enrichirent leur bibliothèque monastique. Ils en firent l'une des plus importantes de l'Occident chrétien et romain. Mais ce fut surtout à l'époque carolingienne que l'Abbaye de Corbie eut le plus de prestige et d'importance. Les Abbés ADALHARD et son frère WALA, cousins de Charlemagne, exercèrent de hautes fonctions militaires et diplomatiques ils furent tour à tour régents et tuteurs des rois d'Italie, de Pépin puis de son fils Bernard. Adalhard avait hérité d'un vaste territoire en Flandre : il le légua à l'Abbaye de Corbie. Le  « Patrimoine d'Adalhar » resta la propriété de l'Abbaye jusqu'au XVIème siècle.

AprèsSommaireAvantAprès la mort de Charlemagne (814) les deux frères furent exilés par l'empereur Louis-Le-Pieux. Mais quelques années plus tard, ils revinrent en faveur et ils eurent, l'un et l'autre une grande influence auprès de souverain. ADALHARD écrivit les statuts de Corbie, source de renseignements importants sur cette époque. Puis il fonda en Saxe conquise, CORVEY (822), près de la ville d'HOXTER et qui eut un grand avenir. Un couvent de nonnes fut installé, en même temps à HERWORDEN qui est devenu HERFORD, et l'Abbé Wala joua un très grand rôle dans les guerres que se livrèrent l'Empereur Louis et ses fils. C'est en ces temps-là que le scriptorium de CORBIE eut sa plus grande activité. Vers 780 l'Abbé MAURDRAMNE fit écrire une partie de la Bible en sept écritures dont l'écriture CAROLINE (future minuscule d'imprimerie) inventée par les moines de Corbie.

A la même époque, vivaient PASCHASE RATBERT et ANSCHAIRE : Paschase Ratbert qui fut longtemps le compagnon et l'ami d'Adalhard puis de Wala, devint à son tour Abbé de Corbie (844).

Paschase Ratbert est connu pour avoir écrit une histoire hagiographique des deux Abbés ADALHARD, puis Wala (les personnages pour le second sont cités sous un nom d'emprunt), mais il écrivit surtout des traités théologiques sur l'enfantement de Jésus, sur la transsubstantiation, c'est à dire la transformation du pain et du vin au corps et au sang de Jésus au cours de la messe, enfin sur la prédestination et le libre arbitre et d'autres thèses théologiques. il entra en discussions passionnées avec RABAN MAUR, Abbé de FULDA, avec FRUDÉGARDE, moine de COR VEY et avec RATRAMNE à Corbie même. Paschase dut se retirer comme moine à ST RIQUIER, (851), il revint plus tard à Corbie, où il mourut.

ANSCHAIRE, moine et ancien écolâtre de Corbie, fut envoyé à CORVEY. De là il alla évangéliser le DANEMARK et la SUÈDE. Il fut archevêque de HAMBOURG et évêque de BREME. C'est l'apôtre du Nord. Son oeuvre fut éphémère. Mais le souvenir d'Anschaire est resté vivace dans ces pays, encore de nos jours aussi bien en Allemagne du Nord que dans ces deux pays scandinaves, depuis SCHLESWIG et RIPEN (Danemark) et BIRKA (Suède).

Rappelons que c'est en 840 que meurt l'empereur Louis Le Pieux. Ses fils se combattent, puis Charles dit Le Chauve et Louis Le Jeune font alliance et sont vainqueurs (en 841) de leur frère aîné l'empereur Lothaire. Tous deux font ensuite le Serment de STRASBOURG(842) écrit en roman et en tudesque et c'est ensuite le Traité de VERDUN (843) qui donne à Louis la FRANCIE orientale qui deviendra l'ALLEMAGNE, à Charles la FRANCIE occidentale qui deviendra la FRANCE. Entre les deux s'étend du Sud au Nord le Royaume de Lothaire, empereur du Nord de l'Italie aux bouches du Rhin, appelé LOTHARINGIE puis LORRAINE, bordé à l'ouest par le Rhône, la Saône, les Vosges, les Ardennes et la Meuse, à l'Est par le Rhin et une partie des Alpes. Plusieurs états naîtront de la LOTHARINGIE, et déjà peu après la mort de Lothaire, l'empire commence à s'effriter. C'est ainsi que CORBIE se trouve désormais dans le royaume de Charles Le Chauve et CORVEY dans celui de Louis Le Germanique.

AprèsSommaireAvantA cette époque, l'Empire est attaqué au Sud par les razzias des Sarrasins (Nord-Africains musulmans) à l'Est par les Hongrois, enfin à l'Ouest et principalement sur les bords de la Manche, ce sont les raid s des Vikings, (les Nordmanns ou Hommes du Nord). Corbie sera pillé et incendié par les Normands au moins une fois en 881.

Aussi l'Abbé Francon demanda-t-il et obtint-il du roi Charles le Simple le droit de construire une forteresse autour du monastère pour le défendre des incursions des pirates, et les paysans du voisinage s'y réfugièrent. Une ville naquit ainsi à l'abri de ses remparts. Néanmoins, au cours du Xème et XIème siècle, Corbie ne sera pas pillé et incendié moins de quatre fois sans que l'on sache exactement à quelles dates et par qui, car les documents sont très rares sur cette époque troublée. Finalement, un grand territoire de la FRANCIE fut donné au grand chef normand, ROLLON et plus tard, le Duc de Normandie, Guillaume ira conquérir l'Angleterre (1066). Entre-temps, les capétiens en 987 auront remplacé les Carolingiens à la tête du Royaume de France, mais ils ne régneront d'abord que sur un petit royaume, contestés même par de petits barons locaux. Malgré les troubles, Corbie continuera à développer son scriptorium et des religieux du Monastère seront appelés à deux reprises pour réformer des abbayes anglo-saxonnes, par des rois d'Angleterre. Plus tard, un religieux de Corbie, GERARD, fut appelé aussi pour réformer les Abbayes. Par la suite Abbé de LA SAUVE en GUYENNE, il fonda de nombreux couvents en France.

A Corbie, l'Abbé fut contesté par les Comtes d'Amiens de la famille des seigneurs de Boves, puis par l'évêque d'Amiens. Le Comté de Corbie fut aussi donné en dot par le Roi de France à la suite d'une succession contestée à la Direction du Comté de Flandre. FOULQUES LE GRAND était alors abbé de Corbie. A cette époque il partit pour CORVEY et y resta deux ans pendant lesquels il reçut les plus grands honneurs et retourna à Corbie avec de très beaux cadeaux. Mais pendant son absence, le bruit de sa mort courut à Corbie, et un religieux nommé EVRARD est l'auteur d'un règlement monétaire qui donnait plus de valeur au denier de l'Abbaye de Corbie. Au retour de Foulques Le Grand, Evrard fut démis de ses fonctions et son nom n'apparaît pas dans la liste des abbés de Corbie. Plus tard, l'Abbé ROBERT, à l'instar de l'évêque GEOFFROY d'AMIENS environ dix ans plus tôt, institua la COMMUNE DE CORBIEen 1124. La Commune durera jusqu'en 1310. Elle subit bien des avatars d'abord très riche et très puissante, elle se termina appauvrie et à la merci de l'Abbé. Signalons aussi à l'époque de ROBERT, l'existence de NEVELON, auteur d'un martyrologe et d'un obituaire.

Plus tard, en 1184, la ville de Corbie fut assiégée par le Comte de FLANDRE, Philippe d'Alsace en guerre contre le Roi de France Philippe Auguste. La résistance de Corbie permit à Philippe Auguste de venir à l'aide des défenseurs de la ville, puis de battre le Comte de Flandre et de lui prendre le Comté d'Amiens qu'il possédait. Puis Philippe Auguste donna à Corbie, par des « articles additionnels à la Charte » de nouvelles libertés à l'encontre de l'Abbé de Corbie qui s'y opposait. Mais parti en croisade en 1189, le Roi fut accompagné par l'Abbé NICOLAS III qui lui arracha la suppression de ces « articles additionnels ». Peu de temps après, l'Abbé Nicolas III en lutte avec ses religieux eux-mêmes dut démissionner en 1191.

AprèsSommaireAvantLe Comté de Corbie et celui d'Amiens avaient été annexés[2] au Domaine Royal et le roi installa le bailliage à AMIENS. A cette époque, en 1194, l'Abbé de CORVEY – WITTUKING – vint en France et fut reçu à CORBIE. Quelques années plus tard le Comte de Flandre Ferrand, s'allia au roi d'Angleterre, Jean Sans Terre – et à l'empereur d'Allemagne, Otton – contre le Roi de France qui battit la coalition à BOUVINES le 27 juillet 1214 et le Comté de Flandre fut annexé à la France. Dans cette bataille les Communes (entre autres la Commune de Corbie) y prirent une place importante. Aussi, Philippe Auguste rendit-il à la Commune de Corbie les libertés qui lui avaient été enlevées. Corbie était alors une ville très peuplée la tradition parle de 20.000 habitants ce chiffre est sans doute très exagéré, car les plus grandes villes ne dépassaient pas, à cette époque, dix à quinze mille habitants, si l'on se base sur le nombre de sergents fournis à la bataille de BOUVINES, elle rivaliserait avec la population de PARIS et serait supérieure à celle d'Amiens. Alors, les remparts de Corbie qui contenaient la population ne pouvaient héberger une population qui dut habiter en dehors, dans les faubourgs au Nord, le Faubourg du St Sépulcre auquel on accédait par la Porte du Gibet(plus tard Porte d'Encre), à l'Ouest, par la Porte aux Vaches,plus tard Porte de Buire, puis de St Chaumont, sur les marais de part et d'autre de la rue des Prés qui menait à la Neuville devint un second faubourg – St Thomas des Prés – de l'autre côté de la Somme, par la Porte St Albinpuis plus tard au delà de la porte à l'Image, FOUILLOY[3] devint un troisième faubourg. Entre la Porte d'Encre et la Porte de Buire, là où se trouve de nos jours l'éminence du Thabor, se trouvait une quatrième Porte : la Porte de Corbie ou Porte Corbin et à l'Ouest entre la porte de Buire et la Porte St Albin se trouvait une cinquième Porte : La Porte Herrouard (appelée en dernier lieu la Digue) qui faisait communiquer la ville avec les marais d'Etampes. Le commerce était alors sur la Somme très important à Corbie, les blés venus du Santerre étaient vendus sur la chaussée principale « La Cauchie au bleds » et de là voiturés par les routes, mais surtout transportés par voie d'eau sur la Somme jusqu'à la mer et au delà , alors la Somme n'était navigable qu'en dessous de Corbie. Ces « bleds » très appréciés étaient appelés « bleds corbiers » , le vin ne sera commercé en dehors qu'à partir du XIVèmesiècle, mais le commerce de la guède (ou Waide) était très actif. En outre, les marchands de Corbie achetaient de la laine des moutons élevés en Angleterre et confectionnaient des draps travaillés par plusieurs corps de mé­tiers certains d'entre eux étaient des draps de luxe qui concurrencèrent ceux d'Amiens et d'Abbeville ils étaient vendus à Troyes aux foires de Champagne, ou entre Paris et St Denis à la foire du Lendit, et à Paris même à la Halle aux draps appelée Halle du Commun, des acheteurs étrangers venaient même des bords de la Méditerranée acheter des draps à Corbie, mais à partir de la deuxième moitié du XIIIème siècle, une crise se manifesta qui interrompit le commerce des draps de luxe de Corbie cette activité avait déjà bien décliné dans tout le Nord-Ouest de l'Europe, et le commerce corbéen dut se replier sur Corbie au moment de la chute de la Commune (1310).

On constate aussi qu'il existait à cette époque à Corbie une fabrique d'armes, de boucliers et de cottes de mailles. L'existence d'un marché et le droit pour Corbie de transporter les marchandises par terre et par eau, date du Roi Philippe 1eret de l'abbé Foulques le Grand). Dès cette époque et pendant la Commune, on note déjà l'existence de deux foires à Corbie celle de St Pierre (1erjuillet) succédera à celle de l'Indict et celle de la St Matthieu (fin septembre) entre Corbie et Fouilloy. Il faut aussi noter l'existence d'un traité de commerce qui réunissait les villes d'Amiens, de Corbie et de Nesle avec la ville de Londres en 1237 leur permettant d'y faire commerce, d'y vendre du blé, du vin en gros, de la guède, des oignons et des aulx non seulement à Londres mais dans toute l'Angleterre. D'autre part, les marchands de ces villes pouvaient acheter en Angleterre toutes sortes de marchandises à l'exception des armes et des bestiaux et à condition de payer un droit. Ce traité fut effectif jusqu'à la fin de la Commune.

AprèsSommaireAvantA cette époque, le faubourg de Fouilloy put s'enorgueillir d'avoir donné le jour à Evrard de Fouilloy qui fut par la suite évêque d'Amiens il fit construire la cathédrale que nous connaissons de nos jours.

Notons aussi des poètes aux XIIème siècle un certain VIELARD de Corbie dont il ne nous reste que trois ou quatre très originaux poèmes au XIIIème siècle, BERNARD qui rédige « Le Roman d'Héraclès » une transposition poétique de l'histoire des croisades de Guillaume de Tyr, enfin trois autres trouvères corbéens ROBERT, RUFFIN et PIERRE. Ce dernier que l'on confond souvent avec Vielard est l'auteur de chansons « courtoises ».

Pendant le XIIème et le XIIIème siècle, plusieurs croisades eurent lieu, l'une d'elles – la quatrième – ne dépassa pas Constantinople qui fut prise et pillée par les croisés et leur chef Baudouin de Flandre devint empereur. A leur retour de nombreuses reliques furent distribuées aux églises et Abbayes de France. Corbie eut les siennes apportées par un seigneur Picard ROBERT ou ROBILLARD DE CLERY (auteur d'une chronique La Prise de Constantinople). Pendant toute la période pendant laquelle la Commune exista, ce ne furent que luttes entre le pouvoir de l'abbé et celui des bourgeois. Tant que la Commune fut riche et puissante elle put arracher de nouvelles libertés mais quand elle se fut appauvrie l'Abbé lui enleva petit à petit tout ce qui lui avait été octroyé. Soutenue au début par le Roi qui avait besoin de la force armée représentée par la Milice Communale, et qui s'était emparé de plusieurs provinces, le Roi était devenu puissant et le dernier, Philippe Le Bel très avide de possessions rendit à l'Abbaye la Commune aux abois, qui s'était donnée à lui en 1310. Car l'Abbé Garnier de Borenc avait patiemment fait reconnaître les terres qui lui appartenaient par le sire de Picquigny et ensuite répertoriées par Jean de Candas, dans le « Cartulaire Noir ». Ensuite, il avait fait état des Us et Coutumes ancestraux qui l'avantageaient alors que les Chartes royales lui avaient enlevé jadis son pouvoir. Pourtant les Communes avaient été fidèles au Roi depuis qu'elles existaient et en particulier celle de Corbie au Roi Philippe Auguste à Bouvines, et dans d'autres batailles ; au Roi Louis IX pendant sa minorité alors que lui et sa mère la Reine Blanche de Castille étaient contestés par les barons révoltés. Mais déjà sous ce roi les communes durent faire contrôler leurs dépenses par les fonctionnaires royaux et déjà à cette époque les revenus de la ville s'étaient amenuisés pendant que ceux de l'Abbaye étaient devenus très importants ; ce qui permit à l'Abbé Pierre Mouret (1260-1268) d'organiser des fêtes en présence de hauts dignitaires, de faire une nouvelle châsse très luxueuse pour St Adalhard, enfin de construire le cloître ; son successeur Hugues II de Vers fit construire le réfectoire, mais il faudra attendre Hugues IV de Vers pour que le cloître soit terminé au milieu du XIVème siècle. Pierre Mouret est connu aussi pour avoir organisé le mode de prélèvement des redevances dues à l'Abbé. A cette époque, la Commune était déjà appauvrie et elle ne pouvait prélever d'impôt nouveau sans l'autorisation de l'Abbé qui le refusait régulièrement ; sa rivalité avec les religieux l'entraînait à de nombreux procès qu'elle perdait, suivis de lourdes amendes payées au Roi et à l'Abbé.

AprèsSommaireAvantC'est en 1269 que l'Abbé Mouret, d'accord avec le Sire de Fouilloy, retira ce dernier faubourg de la propriété de la Commune de Corbie. Enfin en 1310, comme nous l'avons dit la Ville de Corbie revint sous la domination de l'abbé[4] qui s'empressa de détruire tous les signes de son pouvoir, les battants des cloches puis le beffroi lui même qui s'écroula et les bourgeois durent subir la rigueur de la puissance abbatiale, payer de lourds impôts et de fortes amendes à chaque effort de leur part de secouer le joug des religieux. Ils n'étaient plus cependant les serfs qu'ils avaient été deux siècles plus tôt et ils pouvaient aller en appel auprès du Bailli à Amiens ; le sort des corbéens fut plus doux sous la direction de l'abbé suivant, Henri de Villiers, mais ce dernier fut combattu par les religieux et fut condamné en raison de ses nombreuses dettes. Il devait être déposé par les religieux, et mourut fort opportunément en 1328.


[1] soit au total environ 22000 Hectares
[2] AMIENS fut dès lors administré par le Bailli Royal mais l'Abbé de Corbie resta Comte, vassal du Roi de France
[3] Il semble que ce qui fut la Rode St Albin se soit déplacé des abords de l'église de ce nom aux bords de la Somme.
[4] GARNIER DE BORENC