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Au début du VIIème siècle, sous le règne du roi CLOTAIRE II, celui-ci détacha du domaine (le fisc) royal une partie qu'il attribua à l'un de ses familiers Gondeland ou Guntland. Il la préleva sur le pagus (ou Comté) d'Amiens, au Nord de la Somme. Une autre partie comprenant la forêt de Vicogne, en deçà de la rivière d'Authie avait été attribuée au Comte FRODIN. Plus tard, ces terres devinrent libres à la suite de la mort de Guntland en 639 et d'un échange par Frodin avec le fisc royal sous le règne de CLOVIS II , (petit fils de CLOTAIRE II).
En 662, une cinquantaine de moines venus de LUXEUIL sous la conduite de leur abbé VALBERT, s'installèrent dans les locaux qui leur avaient été préparés. Ils suivaient la règle très ascétique de ST COLOMBAN. Cette règle fut adoucie par la suite par l'application de la règle de ST BENOÎT, sous l'abbatiat d'EREMBERT. Après avoir défriché leur domaine, les moines le firent cultiver par leur tenanciers et ils se consacrèrent alors à la confection – (dans leur scriptorium ) – de manuscrits, qui enrichirent leur bibliothèque monastique. Ils en firent l'une des plus importantes de l'Occident chrétien et romain. Mais ce fut surtout à l'époque carolingienne que l'Abbaye de Corbie eut le plus de prestige et d'importance. Les Abbés ADALHARD et son frère WALA, cousins de Charlemagne, exercèrent de hautes fonctions militaires et diplomatiques ils furent tour à tour régents et tuteurs des rois d'Italie, de Pépin puis de son fils Bernard. Adalhard avait hérité d'un vaste territoire en Flandre : il le légua à l'Abbaye de Corbie. Le « Patrimoine d'Adalhar » resta la propriété de l'Abbaye jusqu'au XVIème siècle.
A la même époque, vivaient PASCHASE RATBERT et ANSCHAIRE : Paschase Ratbert qui fut longtemps le compagnon et l'ami d'Adalhard puis de Wala, devint à son tour Abbé de Corbie (844). Paschase Ratbert est connu pour avoir écrit une histoire hagiographique des deux Abbés ADALHARD, puis Wala (les personnages pour le second sont cités sous un nom d'emprunt), mais il écrivit surtout des traités théologiques sur l'enfantement de Jésus, sur la transsubstantiation, c'est à dire la transformation du pain et du vin au corps et au sang de Jésus au cours de la messe, enfin sur la prédestination et le libre arbitre et d'autres thèses théologiques. il entra en discussions passionnées avec RABAN MAUR, Abbé de FULDA, avec FRUDÉGARDE, moine de COR VEY et avec RATRAMNE à Corbie même. Paschase dut se retirer comme moine à ST RIQUIER, (851), il revint plus tard à Corbie, où il mourut. ANSCHAIRE, moine et ancien écolâtre de Corbie, fut envoyé à CORVEY. De là il alla évangéliser le DANEMARK et la SUÈDE. Il fut archevêque de HAMBOURG et évêque de BREME. C'est l'apôtre du Nord. Son oeuvre fut éphémère. Mais le souvenir d'Anschaire est resté vivace dans ces pays, encore de nos jours aussi bien en Allemagne du Nord que dans ces deux pays scandinaves, depuis SCHLESWIG et RIPEN (Danemark) et BIRKA (Suède). Rappelons que c'est en 840 que meurt l'empereur Louis Le Pieux. Ses fils se combattent, puis Charles dit Le Chauve et Louis Le Jeune font alliance et sont vainqueurs (en 841) de leur frère aîné l'empereur Lothaire. Tous deux font ensuite le Serment de STRASBOURG(842) écrit en roman et en tudesque et c'est ensuite le Traité de VERDUN (843) qui donne à Louis la FRANCIE orientale qui deviendra l'ALLEMAGNE, à Charles la FRANCIE occidentale qui deviendra la FRANCE. Entre les deux s'étend du Sud au Nord le Royaume de Lothaire, empereur du Nord de l'Italie aux bouches du Rhin, appelé LOTHARINGIE puis LORRAINE, bordé à l'ouest par le Rhône, la Saône, les Vosges, les Ardennes et la Meuse, à l'Est par le Rhin et une partie des Alpes. Plusieurs états naîtront de la LOTHARINGIE, et déjà peu après la mort de Lothaire, l'empire commence à s'effriter. C'est ainsi que CORBIE se trouve désormais dans le royaume de Charles Le Chauve et CORVEY dans celui de Louis Le Germanique.
Aussi l'Abbé Francon demanda-t-il et obtint-il du roi Charles le Simple le droit de construire une forteresse autour du monastère pour le défendre des incursions des pirates, et les paysans du voisinage s'y réfugièrent. Une ville naquit ainsi à l'abri de ses remparts. Néanmoins, au cours du Xème et XIème siècle, Corbie ne sera pas pillé et incendié moins de quatre fois sans que l'on sache exactement à quelles dates et par qui, car les documents sont très rares sur cette époque troublée. Finalement, un grand territoire de la FRANCIE fut donné au grand chef normand, ROLLON et plus tard, le Duc de Normandie, Guillaume ira conquérir l'Angleterre (1066). Entre-temps, les capétiens en 987 auront remplacé les Carolingiens à la tête du Royaume de France, mais ils ne régneront d'abord que sur un petit royaume, contestés même par de petits barons locaux. Malgré les troubles, Corbie continuera à développer son scriptorium et des religieux du Monastère seront appelés à deux reprises pour réformer des abbayes anglo-saxonnes, par des rois d'Angleterre. Plus tard, un religieux de Corbie, GERARD, fut appelé aussi pour réformer les Abbayes. Par la suite Abbé de LA SAUVE en GUYENNE, il fonda de nombreux couvents en France. A Corbie, l'Abbé fut contesté par les Comtes d'Amiens de la famille des seigneurs de Boves, puis par l'évêque d'Amiens. Le Comté de Corbie fut aussi donné en dot par le Roi de France à la suite d'une succession contestée à la Direction du Comté de Flandre. FOULQUES LE GRAND était alors abbé de Corbie. A cette époque il partit pour CORVEY et y resta deux ans pendant lesquels il reçut les plus grands honneurs et retourna à Corbie avec de très beaux cadeaux. Mais pendant son absence, le bruit de sa mort courut à Corbie, et un religieux nommé EVRARD est l'auteur d'un règlement monétaire qui donnait plus de valeur au denier de l'Abbaye de Corbie. Au retour de Foulques Le Grand, Evrard fut démis de ses fonctions et son nom n'apparaît pas dans la liste des abbés de Corbie. Plus tard, l'Abbé ROBERT, à l'instar de l'évêque GEOFFROY d'AMIENS environ dix ans plus tôt, institua la COMMUNE DE CORBIEen 1124. La Commune durera jusqu'en 1310. Elle subit bien des avatars d'abord très riche et très puissante, elle se termina appauvrie et à la merci de l'Abbé. Signalons aussi à l'époque de ROBERT, l'existence de NEVELON, auteur d'un martyrologe et d'un obituaire. Plus tard, en 1184, la ville de Corbie fut assiégée par le Comte de FLANDRE, Philippe d'Alsace en guerre contre le Roi de France Philippe Auguste. La résistance de Corbie permit à Philippe Auguste de venir à l'aide des défenseurs de la ville, puis de battre le Comte de Flandre et de lui prendre le Comté d'Amiens qu'il possédait. Puis Philippe Auguste donna à Corbie, par des « articles additionnels à la Charte » de nouvelles libertés à l'encontre de l'Abbé de Corbie qui s'y opposait. Mais parti en croisade en 1189, le Roi fut accompagné par l'Abbé NICOLAS III qui lui arracha la suppression de ces « articles additionnels ». Peu de temps après, l'Abbé Nicolas III en lutte avec ses religieux eux-mêmes dut démissionner en 1191.
On constate aussi qu'il existait à cette époque à Corbie une fabrique d'armes, de boucliers et de cottes de mailles. L'existence d'un marché et le droit pour Corbie de transporter les marchandises par terre et par eau, date du Roi Philippe 1eret de l'abbé Foulques le Grand). Dès cette époque et pendant la Commune, on note déjà l'existence de deux foires à Corbie celle de St Pierre (1erjuillet) succédera à celle de l'Indict et celle de la St Matthieu (fin septembre) entre Corbie et Fouilloy. Il faut aussi noter l'existence d'un traité de commerce qui réunissait les villes d'Amiens, de Corbie et de Nesle avec la ville de Londres en 1237 leur permettant d'y faire commerce, d'y vendre du blé, du vin en gros, de la guède, des oignons et des aulx non seulement à Londres mais dans toute l'Angleterre. D'autre part, les marchands de ces villes pouvaient acheter en Angleterre toutes sortes de marchandises à l'exception des armes et des bestiaux et à condition de payer un droit. Ce traité fut effectif jusqu'à la fin de la Commune.
Notons aussi des poètes aux XIIème siècle un certain VIELARD de Corbie dont il ne nous reste que trois ou quatre très originaux poèmes au XIIIème siècle, BERNARD qui rédige « Le Roman d'Héraclès » une transposition poétique de l'histoire des croisades de Guillaume de Tyr, enfin trois autres trouvères corbéens ROBERT, RUFFIN et PIERRE. Ce dernier que l'on confond souvent avec Vielard est l'auteur de chansons « courtoises ». Pendant le XIIème et le XIIIème siècle, plusieurs croisades eurent lieu, l'une d'elles – la quatrième – ne dépassa pas Constantinople qui fut prise et pillée par les croisés et leur chef Baudouin de Flandre devint empereur. A leur retour de nombreuses reliques furent distribuées aux églises et Abbayes de France. Corbie eut les siennes apportées par un seigneur Picard ROBERT ou ROBILLARD DE CLERY (auteur d'une chronique La Prise de Constantinople). Pendant toute la période pendant laquelle la Commune exista, ce ne furent que luttes entre le pouvoir de l'abbé et celui des bourgeois. Tant que la Commune fut riche et puissante elle put arracher de nouvelles libertés mais quand elle se fut appauvrie l'Abbé lui enleva petit à petit tout ce qui lui avait été octroyé. Soutenue au début par le Roi qui avait besoin de la force armée représentée par la Milice Communale, et qui s'était emparé de plusieurs provinces, le Roi était devenu puissant et le dernier, Philippe Le Bel très avide de possessions rendit à l'Abbaye la Commune aux abois, qui s'était donnée à lui en 1310. Car l'Abbé Garnier de Borenc avait patiemment fait reconnaître les terres qui lui appartenaient par le sire de Picquigny et ensuite répertoriées par Jean de Candas, dans le « Cartulaire Noir ». Ensuite, il avait fait état des Us et Coutumes ancestraux qui l'avantageaient alors que les Chartes royales lui avaient enlevé jadis son pouvoir. Pourtant les Communes avaient été fidèles au Roi depuis qu'elles existaient et en particulier celle de Corbie au Roi Philippe Auguste à Bouvines, et dans d'autres batailles ; au Roi Louis IX pendant sa minorité alors que lui et sa mère la Reine Blanche de Castille étaient contestés par les barons révoltés. Mais déjà sous ce roi les communes durent faire contrôler leurs dépenses par les fonctionnaires royaux et déjà à cette époque les revenus de la ville s'étaient amenuisés pendant que ceux de l'Abbaye étaient devenus très importants ; ce qui permit à l'Abbé Pierre Mouret (1260-1268) d'organiser des fêtes en présence de hauts dignitaires, de faire une nouvelle châsse très luxueuse pour St Adalhard, enfin de construire le cloître ; son successeur Hugues II de Vers fit construire le réfectoire, mais il faudra attendre Hugues IV de Vers pour que le cloître soit terminé au milieu du XIVème siècle. Pierre Mouret est connu aussi pour avoir organisé le mode de prélèvement des redevances dues à l'Abbé. A cette époque, la Commune était déjà appauvrie et elle ne pouvait prélever d'impôt nouveau sans l'autorisation de l'Abbé qui le refusait régulièrement ; sa rivalité avec les religieux l'entraînait à de nombreux procès qu'elle perdait, suivis de lourdes amendes payées au Roi et à l'Abbé.
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