De Philippe Le Bel à Henri II

AprèsSommaireAvantDepuis le règne de Philippe Le Bel, le Royaume de France était en guerre contre les flamands révoltés ; à la même époque, Robert d'Artois revendiqua le Comté dont il avait été spolié par sa tante Mahaut. D'autre part, le roi Philippe le Bel était mort, laissant trois fils qui régnèrent l'un après l'autre, mais aucun d'eux n'ayant eu d'héritier mâle, le trône fut offert par la noblesse française à leur cousin Philippe de Valois qui devint Philippe VI ; or, Philippe Le Bel avait eu une fille Isabelle, mariée au roi d'Angleterre, elle en avait eu un fils Edouard III qui revendiqua le trône de France, la guerre de cent ans commença alors entre les deux pays en 1337, elle dura jusqu'en 1443

Les Anglais poussés par Robert d'Artois et ses alliés flamands, pénétrèrent en France, ou l'armée royale dirigée par Philippe VI fut vaincue à CRECY EN PONTHIEU par les anglais qui avaient traversé la Somme au gué de la Blanquetaque.

L'Abbé de Corbie, Hugues de Versy était présent avec ses chevaliers et ses sergents. Mais après la défaite, l'Abbaye dispensa des soins aux blessés – et l'Abbé procéda au renforcement de la forteresse de Corbie en faisant construire de nouveaux remparts et 18 tours. Deux ans plus tard -en 1348 – la peste noire gagna la Picardie tuant de très nombreuses personnes et dépeuplant villes et villages – il ne resta que 10 personnes sur 1000. On agrandit les cimetières, à Corbie, l'Abbé Hugues IV de Vers fit faire plusieurs processions en vain. Dix ans (1356) plus tard, le roi Jean Le Bon subit aussi une défaite près de Poitiers et il fut fait prisonnier. Le mécontentement s'étendit à travers la France et le régent Charles, fils aîné du Roi fut fait prisonnier par les Parisiens, dirigés par Etienne Marcel, allié d'un autre prétendant au trône, Charles le Mauvais, roi de Navarre. Les paysans de la région parisienne et de Picardie se soulevèrent également, on les appelait les « Jacques ». Ils massacrèrent de nombreux nobles qu'ils rendaient responsables de leurs maux, mais contre eux les différents protagonistes Royalistes, Navarrais, Anglais et même bourgeois se liguèrent et la révolte fut vivement écrasée dans le sang en quinze jours. A Corbie, les bourgeois, dans la crainte des « Jacques » avaient reconstitué la Commune, ils s'emparèrent de la ville qu'avait abandonnée l'Abbé Jean d'Arcy en fuite. Le Dauphin Charles ayant repris le pouvoir, l'abbé revint accompagné par les troupes du Roi et les bourgeois de Corbie furent condamnés à de lourdes amendes.

Cependant la guerre avec les Anglais avait repris en 1359, par une chevauchée du Duc de Lancastre qui répandit le désastre en Flandre, en Artois, et en Picardie. Il ne put cependant pas traverser la Somme car il se heurta à la résistance des habitants de Bray-Sur-Somme. Le Roi d'Angleterre – Edouard III – intervint à son tour à partir de Calais, il dévasta l'Artois puis se dirigea vers Reims, avec l'intention de se faire sacrer roi avec la complicité de l'Archevêque ; mais là il se heurta à la résistance des habitants, il dut renoncer et contournant Paris par le Sud, il traversa la Somme, comme en 1346 à la Blanquetaque, et se dirigea vers Calais d'où il reprit la mer pour l'Angleterre.

AprèsSommaireAvantA la suite des désastres que subissaient les paysans, beaucoup de ces derniers se réfugièrent dans les villes comme Corbie[5] et dix ans après la peste noire, la ville avait alors retrouvé sa population primitive.

Enfin la paix fut signée à Brétigny et le roi Jean rentra en France. Le Ponthieu fut donné aux Anglais, une grosse rançon fut payée en francs-or (franc, signifiant libre) pour libérer le roi et un impôt fut levé sur le peuple de France.

Les habitants de Corbie, alors, creusent en 1360 un fossé entre la porte du Gibet et la Porte St Bride, (près de la rivière de la Boulangerie), avec l'autorisation de l'Abbé. La guerre reprit en 1369 mais le nouveau roi – Charles V – regagna une grande partie des Pays perdus par Philippe VI et Jean le Bon.

Charles V étant mort en 1382, son fils Charles VI lui succéda. Il se rendit deux fois à Corbie pour visiter la forteresse et l'Abbé de Corbie Jean de La Goue lui prêta 1000 francs-or. Charles VI revint dix ans plus tard à Corbie (1392) et de là se rendit à Amiens en l'honneur du Roi Richard II qui se fit représenter par ses oncles les Ducs d'York et de Lancastre, c'est à cette époque que Charles VI fut atteint pour la première fois d'un accès de folie.

A 80 ans l'Abbé Jean de La Goue démissionna en faveur d'Etienne de Conty qui en face de l'opposition du Roi dut finalement se retirer et c'est Raoul de Roye qui fut désigné en 1391. Malgré ses déboires Etienne de Conty enrichit la bibliothèque de Corbie de plusieurs ouvrages et il écrivit lui-même un certain nombre de livres.

Philippe le Hardi, deuxième fils de Jean Le Bon, était Comte de Flandre puis Duc de Bourgogne – il mourut en 1404. Son fils Jean Sans Peur lui succéda il vouait une haine mortelle à Louis d'Orléans, son cousin il le fit tuer à Paris. Le fils de ce dernier Charles d'Orléans, s'était marié à la fille du Comte d'Armagnac et la guerre civile éclata entre Armagnacs et Bourguignons, alliés des Anglais. Ces derniers battent les Français à Azincourt en 1415 et Charles d'Orléans est fait prisonnier en Angleterre alors que la plupart des prisonniers sont massacrés. A Paris, la Reine Isabeau et Jean Sans Peur règnent à la place de Charles VI devenu fou. Jean Sans Peur ayant été tué par les hommes du Dauphin Charles, lsabeau donna sa fille Catherine au roi d'Angleterre Henri V qui devrait devenir roi de France à la mort du roi fou mais Henri V meurt, suivi de peu par Charles VI. Le Duc de Bedford frère d'Henri V présente en 1422 le jeune Henri VI âgé de 10 mois comme roi de France, il se rend à Corbie tandis que Charles Dauphin du Viennois, est proclamé Roi de France par ses partisans. Après sa victoire à Patay et son sacre à Reims, Corbie ouvre ses portes au vrai roi de France Charles VII, mais le Duc de Bedford intimide ceux qui se veulent favorables au Roi.

La guerre sévit avec tous ses malheurs en Picardie entre les armées rivales Anglais, Bourguignons et Royalistes ; enfin en 1433, les pourparlers sont entrepris à Corbie même, ils se terminent par le Traité d'Arras, entre le roi Charles VII et le Duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Il est décidé que le Ponthieu et toutes les villes se trouvant sur la Somme de St Quentin à Abbeville restent au Duc de Bourgogne Corbie se trouve parmi elles. Mais le roi de France aura le droit de les racheter après avoir donné 40.000 écus au Duc.

AprèsSommaireAvantA cette époque, le fils de Charles VI (en 1444) le Dauphin Louis en lutte contre son père s'était réfugié auprès de Philippe le Bon. Quand Charles VII mourut en 1464, le Duc de Charolais, Charles le Téméraire, fils du Duc, s'insurgea contre les clauses du traité. A cette époque en 1465, les bourgeois de Montdidier restèrent du côté bourguignon. Amiens resta fidèle au Roi. Pendant que les Anglais pillaient, en Picardie, Saveuse et Folleville et prenaient le Château de Milly aux partisans de Charles VII, le Comte d'Etampes à la solde des Bourguignons razziait le Santerre. Puis Philippe Le Bon étant mort, le Comte de Charolais devenu Duc de Bourgogne[6] organisa contre le jeune Roi de France la «ligue du Bien Public » une bataille indécise à Montlhéry opposa les deux partis et Louis IX signa le traité de Conflans qui rendait les « villes de la Somme » au Duc. Ce fut ensuite l'entrevue de Péronne où Louis XI ayant incité les Liégeois à se révolter contre le Duc, fut fait prisonnier, et dut participer à la répression. Libéré moyennant des concessions, les hostilités reprirent bientôt en Picardie. Après la prise de Picquigny en 1470, Charles le Téméraire bombarda Amiens, (qui avait pris le parti du Roi), des hauteurs de St Acheul et une nouvelle trêve s'ensuivit. Peu de temps après, nous savons que le Duc de Bourgogne fit une visite à l'Abbé de Corbie au cours d'une tournée d'inspection de ses « bonnes villes » de la Somme.

Mais en 1472, la guerre recommença et les opération durèrent cinq ans avec une série de coups de mains de part et d'autre pour le plus grand malheur des habitants des campagnes et des villes prises ainsi les villages de Toutencourt, Naours, Hébuterne et Picquigny par le duc de Bourgogne, et les environs d'Amiens reconquis par le Roi. Le Duc reprit au Roi Péronne, Montdidier et Roye et il les saccagea ainsi que Nesles, dont la population fut massacrée dans l'église. Enfin, en 1475, le Roi repris Montdidier et Roye qui furent pillées et incendiées, bien qu'elles se soient rendues sans résistance. Corbie subit le même sort et les Amiénois participèrent au pillage. Ils brûlèrent la ville à l'exception de six maisons et des églises. Le trésor fut épargné et les manuscrits sauvés, mais les religieux furent dépouillés de leurs provisions à cette époque beaucoup de Corbéens s'exilèrent et la ville commença alors son déclin. Pendant que ces événements se déroulaient, que se passait-il à Corbie sous la domination bourguignonne ?

A l'intérieur de ses remparts jusqu'à la prise de la ville par Louis XI, la ville prospérait malgré les désastres et les horreurs de la guerre, qui sévissaient dans les campagnes et à l'issue de la prise des autres villes. Cette période bourguignonne de Corbie lui permit de s'enrichir et de nombreuses confréries animaient la ville, telles celle des archers. Les parmentiers (tailleurs de vêtements à parements) et les pourpointiers furent organisés et réglementés sous la direction de l'Abbé Comte.

En 1425, paraît une ordonnance du Bailli de l'Abbaye relative aux « pareurs de draps » puis en 1445 ce sont les statuts des boulangers et des pâtissiers enfin en 1461, les statuts définitifs des parmentiers.

D'autres métiers furent réglementés au cours du XVème siècle, dans l'ensemble ils datent de 1467 et s'appliquent aux tisserands, pareurs de draps, foulons, aux marchands de vin, aux tanneurs, aux fabricants de tuiles, de chandelles, aux cordiers, aux marchands de guède (waide), aux bonnetiers, aux bouchers, chapeliers, pâtissiers et cuisiniers (dits chaircuitiers), ainsi qu'aux courtiers en blé, gorliers et aux lormiers (bourreliers et selliers).

AprèsSommaireAvantCorbie continua à faire le commerce du blé du Santerre – c'était alors le plus grand entrepôt de blé – de Picardie qui deux siècles plus tôt, exportait par « navels » sur la Somme jusqu'à Abbeville et de là en Flandre du fait de la guerre, Hollandais et Zélandais, avaient succédé aux Flamands. Nouveaux venus, les Allemands et les Espagnols et malgré la guerre avec l'Angleterre, un nouveau traité de commerce avait été signé entre Londres et les Villes de la Somme en 1334 et en 1362 Edouard III renouvela ces privilèges. En 1458, l'année fut déficitaire, on craignait la famine. Or, les boulangers d'Abbeville en avaient commandé une « navée » , les amiénois l'avaient interceptée et l'avaient distribuée en ville. Finalement, un accord fut établi qui permettait le passage de 60 muids (50 quintaux par semaine) jusqu'à Abbeville exclusivement.

Le Tonlieu sur le « bled » du grand et du petit marché avait été affermé 25 livres passées en 1388 puis en 1398. Tant que Corbie fut sous domination bourguignonne ce mouvement d'exportation permit à Corbie de jouer un certain rôle économique qui ne disparut pas complètement, après la prise de la ville en 1475 par Louis XI qui avait porté un coup très dur à l'économie de Corbie au profit de la Beauce et de la Brie. A cette époque le commerce de la guède subissait la concurrence du pastel provençal.

Le commerce du vin s'était étendu au XIVème siècle sur les plateaux calcaires, qui entourent Corbie et prirent le plus d'ampleur au XVème et XVIèmesiècle. Il y eut de très bonnes récoltes en 1420, 1421, 1422, et en 1484, et si en temps normal le goût en était médiocre, en 1473 les vins de Picardie furent si bons qu'on « eût dit des vins de Paris ou de Bourgogne » mais ordinairement les corbéens buvaient le vin de leurs grappes encore vertes « Ie verjus » au goût sur et râpeux qu'ils appréciaient cependant, et jusqu'au XVIIème siècle, Corbie fut un entrepôt important pour les vins de pays, mais aussi pour ceux de Champagne et de Bourgogne mais depuis 1475, Amiens, qui lui avait été fidèle, fut avantagée par Louis XI qui ordonna que les vins de France passent dès lors par Amiens à l'exclusion des autres villes de la Somme. Jusque là les vins étaient vendus de Corbie en Flandre car les villes de la Somme avaient le privilège du « droit de travers » payé à Bapaume pour le vin et au retour pour toutes les autres denrées tandis que les autres marchands payaient un droit supplémentaire à Péronne, à Crépy (en Valois) ou à Compiègne, de Flandre en France et au delà , en Bourgogne et vice-versa.

Pendant la domination bourguignonne les bourgeois et les habitants de Corbie continuaient à se trouver sous la domination quasi-absolue de l'Abbé mais ils avaient droit de recours et d'appel auprès du Bailli du Roi à Amiens.

En 1448, ils eurent en grande partie satisfaction :ils se plaignaient du mauvais entretien des moulins banaux, de la cherté des prix, des fraudes commises par les boulangers, sur la confection et le prix du pain, du défaut de surveillance des officiers de l'Abbaye.

AprèsSommaireAvantils demandaient le déplacement des pressoirs à vin dans l'enclos de la vigne des religieux qui pouvaient cacher l'approche des ennemis aux guetteurs sur le clocher et sur les remparts et un arrangement concernant l'ouverture des portes de la ville ainsi la porte de la vigne des religieux pouvait permettre l'entrée inopinée des ennemis en cas de guerre. ils se plaignaient aussi du mauvais état des chaussées et des rues de la ville comme des chemins du marais impraticables, ainsi que du mauvais état de la Maladrerie de La Neuville qui tombait en ruines.

Ils revendiquaient aussi le droit de presser leur verjus là où ils voudraient et de mesurer le grain chez eux ou sur le marché, sans payer les banalités, trop chères à leur gré et le droit de pêche et l'usage des marais ; ils contestaient le bornage et l'arpentage effectués injustement aux dépens des habitants, par les religieux.

Le Bailli royal leur donna raison, sauf en ce qui concernait le verjus et le mesurage du grain. Enfin, le nettoyage des rues devait dès lors être effectué de concert entre les habitants et les religieux par voiturage des ordures.

A cette époque, vivaient outre Etienne de Conty qui enrichit la Bibliothèque, l'Abbé Jean de Lion qui répertoria les livres et les rangea, Eustache Mercadé[7]official de Corbie auteur d'un « mystère ». Enfin, Ste Colette, Nicolette Boellet ou Baillet qui fut recluse quatre ans dans l'Eglise St Etienne, puis délivrée de ses vœux par le Pape. Elle devint réformatrice des Clarisses, et fonda de nombreux couvents en France.

Après la prise de Corbie en 1475, Louis XI restitua la ville à Charles le Téméraire sa vie durant, mais celui-ci ayant été tué, Corbie retourna au Royaume de France avec les autres villes forteresses de la Somme par crainte, l'Abbé qui était Jacques de Ranson, résolut de démissionner, il se retira en faveur de Jean d'Anquesme qui devait lui payer une rente annuelle, mais Jean d'Anquesme mourut en 1478. Les religieux réélurent alors Jacques de Ranson mais le roi imposa François de Mailly. Or, en 1483 Louis XI mourut, les moines chassèrent son prieur et ils élurent Pierre Dottrel[8]. Par représailles, certains des religieux furent emprisonnés et emmenés à Paris puis ils revinrent à Corbie avec leur Abbé. En 1485, François de Mailly démissionna et se désista en faveur de Pierre Dottrel qui fut installé la même année contre une indemnité importante et de fortes annuités, que Pierre Dottrel paya en 10 ans. Pierre Dottrel acheta ensuite des rentes qui lui permirent de faire une distribution quotidienne à 60 pauvres il fit décorer les chapelles de châsses et de statues de plusieurs saints.

Mais en 1492, le roi d'Angleterre s'empara de Corbie, et l'Abbé Dostrel dut s'enfuir à Paris, et pendant le même temps son allié Maximilien d'Autriche, époux de Marie de Bourgogne, essayait de prendre Amiens. En 1493, le roi Charles VIII fit la paix avec le Roi d'Angleterre et alla visiter avec lui ses bonnes villes de la Somme dont Corbie.

C'est alors que Pierre Dottrel, replacé à la tête de l'Abbaye, eut l'ambition de faire construire une nouvelle église abbatiale, mais auparavant, il avait fait détruire l'ancienne église romane.

AprèsSommaireAvantDès 1501, il la fit reconstruire dans un style ogival dépouillé d'ornements, quoique dit-on, aux lignes harmonieuses. Mais il ne put faire élever que le chœur, une partie du bras de croix et la flèche du transept, car ces travaux avaient été contrariés par la famine qui sévissait en 1503 et 1504 en 1506 les travaux avaient repris mais à cette époque le gouverneur de Picardie ayant imposé une garnison royale à Corbie, Dottrel en fut si affecté qu'il mourut. Peu de temps après furent installés des Abbés commendataires qui ne venaient à Corbie que pour en recevoir les bénéfices, ils se désintéressèrent des travaux entrepris, qui ne reprirent que bien plus tard en 1685 et ne furent définitivement terminés qu'en 1775. Après le roi Charles VIII ce fut Louis XII qui vint à Corbie, il avait d'abord l'intention de faire abattre les murailles de la ville, mais les amiénois intercédèrent et de nouveaux travaux de fortifications furent entrepris de 1513 à 1516. Ils furent encore consolidés par la suite, mais une nouvelle conception de l'architecture militaire, tenant compte de la puissance de feu de l'artillerie, amena à construire des murailles plus larges, plus basses, puis le plan même de la forteresse fut modifié pour amplifier la puissance de tir des bastions et des demi-lunes, sous l'impulsion d'architectes venus d'Italie, puis notamment à Corbie par Erard de Beauvais.

A l'Abbaye, la place de Dottrel fut vivement disputée et c'est finalement Guillaume du Caurel qui fut établi abbé, moyennant une compensation pécuniaire, et une rente à son concurrent en 1520. Peu de temps après, le roi François 1er qui se rendait alors au Camp du Drap d'or lui avait demandé de se démettre de ses fonctions d'Abbé devant son refus plusieurs moines soupçonnés de l'avoir mal conseillé furent transférés à Paris, puis à Dijon et ne durent leur liberté, sous la menace, qu'en donnant de précieux présents.

L'Abbé mourut en 1522, il resta 16 jours sans pouvoir être inhumé car les représentants du Roi s'y opposèrent et ils ne permirent une nouvelle élection qu'en Juillet 1523 le roi imposa Louis de Bourbon puis en raison du retard du pape à répondre, il fit désigner, par l'archevêque de Reims, un autre candidat, un inconnu, qui aussitôt nommé se désista pour le Cardinal Louis de Bourbon. A cette époque, les moines n'étaient pas en mesure de payer les rentes dues jadis par l'Abbé Ducaurel, car le pays était ravagé par la guerre, la disette s'ajoutant aux misères de la guerre et l'abbaye ne pouvait faire rentrer le produit de ses récoltes. Ils furent excommuniés. Enfin, après la paix de Madrid qui rendit la liberté à François 1er emprisonné en Espagne, l'abbaye put percevoir les bénéfices de ses possessions d'Artois et payer ses dettes. En Octobre 1528, la sentence du parlement avait évincé le Cardinal de Bourbon en faveur de Philippe de la Chambre nommé par le pape en 1523. Mais sitôt investi de ses pouvoirs d'Abbé, celui-ci quitta Corbie pour Paris et ne revint jamais, que pour encaisser les bénéfices de sa charge et payer les indemnités dues au Cardinal de Bourbon. Peu de temps après il fut nommé évêque de Tournai, Cardinal de Boulogne, puis évêque de Tusculum et mourut en 1550. Il laissa sa charge à son neveu Sébastien de la Chambre, véritable abbé commendataire nommé par le Roi – ce dernier mourut en 1556 laissant la place à Louis de Bourbon qui laissa sa place à son neveu Charles de Bourbon, cardinal de Lorraine, archevêque de Rouen, légat du Pape en Avignon et évêque de Nevers ; il cumula ses charges avec les bénéfices de plusieurs abbayes comme Corbie qui lui apportaient des bénéfices considérables. Cela ne lui suffit pas à Corbie, il pilla le trésor de l'Abbaye, exigea une contribution de guerre du diocèse d'Amiens de 20.000 livres dont 3.000 de l'Abbaye. Enfin, il vendit à son profit le patrimoine d'Adalhard en Flandre. C'est ce Charles de Bourbon qui deviendra roi de la ligue sous le nom de Charles X, à la mort du roi Henri III, contre Henri IV.

AprèsSommaireAvantFrançois 1er vint plusieurs fois à Corbie[9]. On sait qu'il eut pour favorite Anne de Pisseleu, fille du Châtelain d'Heilly (près de Corbie), elle devint duchesse d'Etampes.

Après François 1er, ce fut Henri II qui vint à Corbie en 1547, les festivités faites en son honneur furent très onéreuses et pesèrent lourdement sur le faible budget de la ville. En 1553, Henri II attaqua les Impériaux qui occupaient Hesdin, il leur livra bataille et les obligea à se retirer sur Arras, mais ceux-là brûlèrent Encre et Miraumont puis l'armée impériale attaqua l'année suivante le Duc de Savoie allié de l'Empereur essaya le passage de la Somme à Corbie, le Duc de Vendôme l'en empêcha, une autre attaque des Bourguignons, cette fois eut lieu entre Corbie et les villages voisins de Daours et Vecquemont, où plus de 200 d'entre eux moururent, noyés dans la Somme.

En 1555, Henri II fit passer en Picardie 25.000 hommes qui campèrent au dessous d'Amiens il nomma à Corbie un gouverneur, Charles de la Belleforière. Les Français furent cependant battus à St Quentin. Henri II fit alors renforcer ses autres forteresses sur la Somme puis alla établir son camps à Ham pour les ravitailler.

En 1558, le roi d'Espagne, voulut prendre Corbie, il en croyait la garnison peu nombreuse, mais Henri II ramena à la hâte de Lorraine une nouvelle armée qui campa à Pierrepont et envoya le gouverneur de Rue (Breuil-Rabutin) à Corbie, puis il attaqua l'armée impériale campée sur l'Authie ; finalement la guerre finit par le traité de Cateau-Cambresis (Avril 1559). 


[5] C'est aussi certainement à cette époque que furent creusées sous terre les « Muches « où les paysans se réfugiaient (ainsi celles de Naours dans le Comté de Corbie)
[6] Charles le Téméraire
[7] Vie, passion et vengeance de Jésus-Christ.
[8] On peut écrire Dottrel, Dostrel, ou D'Ostrel suivant les auteurs
[9] C'est de cette époque que date le tympan de l'église de La Neuville (entrée de Jésus à Jérusalem).